Texte et mise en scène par Valère Novarina
Du 5 au 30 janvier au théâtre de l'Odéon à Paris
Durée 2h30
Alors, comme je l'ai compris de ce que j'ai pu comprendre:
Il n'y a pas une histoire en soi c'est plutôt des personnages isolés utilisés par des concepts que Novarina a voulu transmettre tels que : le temps, l'espace, l'ennui, la langue, la pensée, l'incertitude, l'stupidité, l'espoir, l'absurde, le lyrisme, la fatalité. Il y a une critique de la société en général, aux moules sociaux reproduits de famille en famille. Une vie routinière et pauvre. Il y a le clown, un homme vulgaire qui est là pour amuser et sauver de l'ennui aux êtres humains et au public, mais, honnêtement un personnage à mon avis pas réussi, les blagues rapportaient à que des clichés. Ensuite, il y a trois familles traditionnelles (les parents et l'enfant), la psychanalyste qui rentre de temps en temps pour donner des recommandations sur ce qui pourrait leur sauver du vide ce qui, predesciblement, retombe au vide et à l'absurde car pour Novarina il n'y a pas de solution. On affaire à une pièce de théâtre pessimiste. A vrai dire pour lui il y a une seule solution: devenir maître ou maîtresse de la langue ( comme lui). Discutable.
Quelques extraits de la pièce:
" Le vrai langage va plus loin que lui même toutes choses verbés conjuguées croisées en transformation passantes. C'est qu'il y a qu'une pensée sous la pensée qui dit toujours: va jusqu'où les mots rebrousssent chemin. Aller à la lisère franchir une rive, passer d'une rive, d'un seuil à l'autre c'est le mouvement respiratoire profond, le pas, la marche, l'élan de notre esprit qui est esprit de traversé."
" Le langage est d'origine [...] c 'est un coup d'éclair, une foudre : les mots n'évoquent pas , ils tranchent, fendent le rocher. Le langage n'a rien à décrire puisqu'il commence. Il n'y a rien qui soit plus au secret de la matière que le mystère verbal." " Le mystère est incompréhensible parce qu'il te comprend".
" La parole est le lien qui délivre. Les mots cherchent la parole qui les défait; la pensée se délivre par les mots qu'elle capture; entre les mots et la parole et la pensée, il y a un combat une lutte depuis toujours qui ne s'arrête pas".
Et
" Les mots sont des logaèdres".
J'arrête parce que ça commence à devenir lourd.

Je respecte sa thèse, ce qui m'a dérangé c'est qu'il l'impose, qu'il ne la justifie pas. Il s'est juste mis à nous faire une danse imaginaire avec des phrases hyper sophistiquées ( bravo pour ça) mais en nous laissant décus et avec que une légère fragance de beauté émise par quelques belles métaphores compréhensibles:
"Une pierre vraiment lancée au ciel ne retombe jamais" " Le réel n'apparaît un instant qu'à celui qui le déchire..".
Mais honnêtement pas assez de métaphores ou des pensées qui, à mon avis, pourraient vraiment pénétrer les pensées et le coeur du public. Pas assez pour se dire, comme soi-disant eux même le présente comme étant leur but: Ok, je renonce au système de la compréhension et je me laisse emporter. C'est un paradoxe que cela soit leur propos. C'était impossible de le faire car la pièce faisait appel constamment à notre raison avec tout cet intellectualisme. D'autant plus que la mise en scène est très pauvre et n'arrive pas à accompagner, à donner de vrai vie à tout ce défilé de mots, certes magnifique mais qui nous laissent froids et nous font sentir bête car on n'a rien compris. La mise en scène, même si elle a réussi à bien symboliser l'espace, -avec un jeu de perspectives dessinées par des tissus triangulaires qui tendaient du plafond et produisaient des ombres par terre - , résulte même parfois en trop car on veut comprendre tous ces mots et éviter donc toute distraction. C'est dommage.
De la même manière, les acteurs passent un peu inaperçus, il n'y a eu aucun qui m'ait marqué par sa provocation ou sa bonne actuation. C'est intéressant qu'il deviennent des vecteurs de concepts mais on est tellement concentré à essayer de comprendre ces concepts qu'on ne peut plus apprécier leur actuation, sauf quand le clown chante une opéra italienne, hurle, se lance par terre et on entend à côté un très fort (et faux) rire nerveux d'une femme du public qui peut-être, elle aussi se trouve ici pour jouer la comédie et convaincre au public qu'elle est super marrante cette pièce.

Je suis allée voir cette pièce enthousiaste à cause des très bonnes critiques à mon alentour. J'ai même essayé de faire taire à une quinzaine d' adolescents qui était venus voir la pièce avec leur prof de Français, sûrement. Surtout que pour cette pièce il faut du silence absolu pour accrocher même peut être fermer les yeux...Mais, si je ne me trompe pas, on va au théâtre pour regarder la représentation pas seulement pour l'écouter. A vrai dire, j'ai eu plus l'impression d'être en train d'essayer de lire et comprendre un essai philosophique imaginaire dont chacune des 200 pages tournaient tous les deux secondes. Serait-il celui-ci l'effet que le théâtre devrait produire? Bien sûr le texte (le vrai) était exposé à la vente à la sortie. Je n'en avais aucune envie (ni moyens) pour l'acheter parce que de toute façon, on me l'avait déjà fait lire en une sortie ces 200 pages. Celui qui réussit à faire ça et le comprend et le vit entièrement, Novarina le félicitera et le considérera comme son dieu puisque pour lui "Le langage est le messie". Je préfère féliciter plutôt ces adolescents qui ne se sont jamais tut et me moquer un peu du prof, de l'air satisfait que sa bonne conscience lui donnait d'avoir amené ses élèves voir une pièce si intellectuel ( ou intellectueloide), une pièce dont d'ailleurs ses élèves n'avaient rien à foutre, et n'avaient rien compris et lui, peut être un peu plus.
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| Valère Novarina ( 04/05/1947) Romancier, dramaturge et peintre Suisse |
Je cite la critique intégrée dans le prospectus écrite par Daniel Loayza: "Le lecteur armé de patience finit du coup par développer , sinon une "compréhension" du "propos", du moins une sorte de familiarité avec un certain paysage - minéral,troué,mouvant. Il faut consentir à se laisser faire emporter par cet étrange flux de dramaturgie négative- le mot est de Michel Corvin..." Oui, j'ai essayé de me laisser emporter mais si ce paysage est troué (essayant d'être aussi poétique), comment y rester? Je me suis juste mis comme défi d'essayer de ne pas laisser échapper aucune phrase mais après 1h30 je voulais juste que ça finisse. Mais, j'ai dû attendre pas les 40 minutes en plus du temps indiqué, comme quoi ça durait 2h10 min, mais y tenir à 2h30. Je regardais autour et je n'étais pas la seule à "attendre". A la fin j'étais contente que ça soit finie, dégoûtée de cette pièce qui alternait entre humour arrogant et humour par clichés, qui ne m'avait suscité aucune vie, aucune sensation, quelques réflexions usées, et des courts "ha, ha". A la fois, je sentais un énervement et une tristesse des quelques pensées intéressantes qui m'auraient pu échappées. Mais même comme ça je refuse d'acheter son texte (peut être un des objectifs recherchés) parce qu' à mon sens, le rôle du théâtre n'est pas d'exclure le spectateur en se positionnant supérieur à sa réalité mais au contraire d'essayer de le conduire et l'intégrer le plus possible à une réalité où il puisse se reconnaître dans des attitudes, évènements, pensées ou sentiments différents ou pas, communs ou pas communs à tous les êtres humains mais qu' à la fin on puisse dire qu'on a vécu quelque chose, qu'on sorte avec des questions ou des remises en question claires et non pas que avec des "ah oui il y a eu des jeux de mots intéressants". Je ne vais pas voir des pièces de théâtre juste pour ça, je demande une intégrité qui pourrait bien être fragmentée du moment que je sois prise en compte dans son but premier et que ce but soit de me faire réfléchir et surtout de me faire vivre une expérience. Novarina a pris 10 ans pour écrire cette pièce et il veut nous la faire avaler en 2h30. Je pense que c'est une pièce réalisée que en son honneur pour se démontrer à soi même et aux autres de son génie de son excellent et sans pareil maîtrise du langage auquel, même si on aspire, on y arriverait jamais ( sûrement pas en 2h30).
Une pièce de théâtre, à mon avis, devrait éprouver un certain respect envers le spectateur, qui lui donne sa raison d'être finalement, et se mettre à sa place pour lui montrer quelque chose qu'il veut d'abord partager avec lui et pas juste montrer comment le dramaturge se fait une grande bouffe de sens devant nos yeux sans être invités ni regardés. Il existe des pièces, qui sont parmis mes préférées, ou le sens est le non-sens où le but est de lasser l'spectateur mais avec un but provocateur exclusivement fait à son insu, pour toucher ses parties émotionnelles ou psychologiques qui devraient être remis en question et pas comme dans ce cas provoquer de manière arrogante sans aucune raison, que le seul égo du dramaturge et de ses acteurs. Déjà le sujet est étroitement addressée aux littéraires professionnels dont leurs univers n'est que les mots, puisque selon Novarina "Le vrai sang des choses est à chercher au fond des mots", discutable, surtout qu'il y a d'autres réalités plus grandes et petites que la nôtre qu'on connaîent même pas et dont on ne connaîent pas leurs noms. Ca ne m'a pas étonné du tout de rencontrer deux personnes de l'ENS que j'ai rencontré par hasard, et non pas par chance, dont je me rappelle ils m'avaient ennuyé et choqué par encore une fois l'arrogance qu' octroie la maîtrise de cette langue sacrée qu'est le français!
Bref, je n'aime pas du tout ce mouvement de dramaturges qui par manque d'assurance dans la matérialité de ce monde s'attache à ne plus en pouvoir à leur technique d'expression pour devenir expert artistique comme un expert comptable pour ensuite nous exposer qu'ils possèdent quelque chose d' inatteignable par nous êtres humains simples et qu'il faut payer pour aller les voir pour les admirer, pour faire semblant qu'on est aussi intelligents qu'eux ( ou même plus car on comprend 1 000 000 de fois plus vite que l'auteur) en leur aplaudissant et en rigolant de blagues qu'on a à moitié compris.

J'imagine que l'ouvrage de Novarina est très bon peut être brillant, mais à mon avis, il aurait dû, ou bien, juste écrire un essai philosophique, ou bien, améliorer la mise en scène, la rendre plus dynamique avec plus de pistes pour sa compréhension. Sa mise en scène était presque statique il y avait juste un paysage que lui même a peint, des couleurs bleus, froids et angoissants, placé comme fond d'scène et à la fin deux tableaux de paysages qui ont fait leur apparition. Il n'a pas su gérer ni rendre dynamique son espace pour rendre intelligible ou au moins vivants ses bien nombreux propos abstraits. J'aimerais, peut être, beaucoup ses oeuvres en tant que peintre ou romancier (sincèrement) mais comme dramaturge il laisse à désirer.
"Novarina aime rappeler qu'il pratique de la littérature pariètale et que ses textes avant de se ramasser en liasses ou de se disposer dans les profondeurs du plateau, se déroulent d'abord comme une fresque de pages épinglées sur les parois de son studio".
C'est important de noter que le théâtre n'est pas que de la littérature, il y a tout un grand travail de représentation et surtout de communication avec les spectateurs, qui n'a pas été du tout réussi dans cette pièce.
C'est important de noter que le théâtre n'est pas que de la littérature, il y a tout un grand travail de représentation et surtout de communication avec les spectateurs, qui n'a pas été du tout réussi dans cette pièce.











